2023 05 – ADD grave à Tenerife
Activité
Plongée scaphandre
Date de l'événement
05/05/2023
Type de plongée
Plongée bouteille à l’air
Cadre de la pratique
Loisir (exploration)
Organisation
Club / Structure commerciale
Milieu
Naturel - Eau salée (mer, …)
Lieu du REX
Océan Atlantique, Tenerife, Espagne
Situation du REX
A terre
Votre niveau de plongeur
Encadrant / Enseignant / Entraineur
Niveau exact
E2
Votre âge
65 - 75 ans
Acteur ou spectateur ?
J'ai vécu ce REX
Typologie de REX
Accidents - ADD majeurs
Description détaillée de l'évènement
Le 5 mai 2023, plus de 12h après ma plongée de la veille, je fais une plongée de 25 minutes à 44 mètres avec un plongeur, accompagné pour cette occasion d’un E4 et de son binôme pour l’incursion de 40 à 44 m.
- A 44 mètres, y étant resté seulement 2 à 3 minutes pour voir le corail noir, j’entame ma remontée en suivant le profil remontant du fond.
- A 10 mètres, mon ordinateur m’indique de faire 4 minutes de palier à 3 mètres.
Arrivé à 4 mètres de profondeur, mon ordinateur m’indique de faire 2 minutes de palier à 3 mètres. Nous restons à cette profondeur. Mon ordinateur indique que mes paliers obligatoires sont terminés. Je ne suis pas remonté trop vite, je suis resté attentif aux informations de mon ordinateur, pas de rupture de palier de décompression. Mon binôme me signale que c'est également bon pour lui. On commence le palier de principe. Après une minute environ je remonte à la surface très lentement.
En surface, je sens que mes jambes ne répondent plus comme je le voudrais, que mon palmage n’est plus efficace. Je ressens un coup de poing dans le dos et gonfle mon gilet.
Mon binôme me ramène au bateau. Je sens que je fais un accident de décompression (ADD) et je le dis à l’équipe sur le bateau.
Je suis immédiatement pris en charge sur le bateau de plongée par oxygénothérapie pendant les 45 minutes de retour du site de plongée au port et de l’attente des secours. Les secours sont avertis immédiatement par le Directeur de plongée dès la remontée sur le bateau. Je ressens des douleurs dorsales mais celles-ci sont atténuées en arrivant au port.
Arrivée des secours et de la Guardia Civile vers 10h30 environ. Les ambulanciers ne m’auscultent pas et ne me transportent pas sur leur brancard. Je marche du bateau à l’ambulance, soutenu par les plongeurs du groupe. L’oxygénothérapie est arrêtée et ne reprend pas dans l’ambulance malgré ma demande. Nous perdons du temps avant de partir vers l’hôpital de Tenerife Sud, pour faire les papiers de prise en charge.
Dans l’ambulance, entre le port et l’hôpital, je sens de nouveau un coup de poignard dans le dos. Je demande immédiatement aux ambulanciers de me mettre sous oxygène, mais ils refusent.
Arrivé à l’hôpital de Tenerife Sud, je suis emmené aux urgences. Après un temps d’attente qui m’a paru long, je suis ausculté. J’explique que je viens d’avoir un accident de plongée, qu’il me faut de l’oxygène et un caisson hyperbare, mais la compréhension est difficile avec les Espagnols, je ne parle pas cette langue et ils ne parlent pas français et mon anglais est très basique.
Après l’auscultation, je suis remis dans l’ambulance, toujours sans oxygène, et conduit à l’hôpital de Tenerife Nord. Arrivé aux urgences, je suis à nouveau ausculté, je suis déshabillé complètement, nettoyé et conduit au caisson hyperbare après un entretien avec un médecin à qui j’explique mon profil de plongée dans un anglais très basique.
Il est environ 15h00, soit près de 5 heures après la prise en charge médicale locale et sans administration d’oxygène.
La 1ère séance de caisson hyperbare me semble durer environ 6 heures. Je reste aux urgences de l’hôpital jusqu’au 7 mai. Je suis paraplégique. Chaque jour, je fais une seule séance de caisson hyperbare comprise entre 2 et 3 heures selon mes estimations. Les échanges avec le personnel médical sont compliqués du fait de la barrière de la langue. Il y a eu 2 arrêts de caisson d’une journée soit 2 jours sans oxygénothérapie.
Le 7 mai dans la soirée, je suis transféré dans une chambre jusqu’au 19 mai. Durant cette période, je poursuis les séances journalières de caisson hyperbare (hors les 2 jours précisés plus haut) et un psychomotricien me fait faire des exercices. J’essaie également de travailler seul.
Le 17 mai, un caisson hyperbare et une place en hôpital sont enfin trouvés. Le rapatriement s’organise pour m’emmener à l’hôpital en France le 19 mai. Me voila soulagé, car même si le personnel fait de son mieux, je suis tout seul dans un pays étranger.
Le 18 mai, dernière séance de caisson, je dis au revoir au médecin qui m’accompagne.
Le 19 mai, soit 14 jours après mon accident, je suis rapatrié par avion sanitaire sans oxygénothérapie mais à pression « niveau de la mer » sur un hôpital français à Lille pour poursuivre
des séances de caisson hyperbare.
Nouvelle IRM (légère diminution des lésions médullaires) et recherche de FOP (pas de FOP). La cause de l’accident reste inexpliquée encore actuellement
Commentaires / Analyse du déposant
Je suis convaincu que la barrière de la langue a été le facteur aggravant de cet accident et de ses conséquences. Je propose donc une mesure qui me parait simple mais avec un appui médical : l'édition d’une carte sous le sigle de la commission médicale de la FFESSM avec le texte en anglais et dans la langue du pays qui dit en substance
"Je suis victime d’un accident de plongée de décompression. Je dois être placé sous oxygène à 15 litres par minute et je dois être conduit immédiatement dans un caisson d’oxygénothérapie hyperbare. Mes paramètres de plongée sont « temps », « profondeur », « paliers »."
Météo
Bonne mer et bonne visibilité.




